• Société de Consommation ou Société Marchande - I

    Première Partie : La Société de Consommation

    I QU’EST-CE QUE LA « CONSOMMATION » ?

    1 Définition du concept de consommation

    La « consommation » consiste en une forme d’usage d’une ressource ou d’un bien matériel qui aboutira à terme à sa destruction. Cette définition comprend l’idée selon laquelle c’est l’usure d’un bien matériel, ou encore l’épuisement d’un ressource, qui détermine le fait qu’il ou elle soit « consommé(e) ». Ainsi, ce n’est pas l’achat qui détermine la consommation, mais le fait qu’un objet ou une ressource soit détruit par l’usage. (Nous reviendrons sur cette distinction dans la seconde partie consacrée à la société marchande. Cette distinction s’avèrera importante pour réfléchir au concept de société marchande)

    2 La consommation est un phénomène biologiquement nécessaire

    Pour survivre, l’Humain, comme de nombreuses autres espèces animales, à besoin de boire, de se nourrir, de se loger, mais aussi, ce qui fait sa spécificité, de se vêtir. Se nourrir implique le fait de détruire une entité matérielle, vivante, qu’il s’agisse d’un animal que l’on abat, que l’on dépèce, que l’on broie, que l’on avale, que l’on digère, ou d’une plante que l’on arrache, et que l’on broie, que l’on avale, que l’on digère également. Il en va de même pour les vêtements. Ils sont généralement composés de textures animales ou végétales, et se dégradent dans le temps, par l’usage, les déchirures accidentelles et le lavage. Idem pour le logement bien qu’il soit le plus souvent composé en partie d’entités minérales. Les logements subissent également des processus d’usure, se dégradent avec le temps. Ainsi, lorsqu'elle est envisagée sur le plan matériel, la condition humaine implique nécessairement une forme de consommation.

    3 La consommation est un phénomène social

    De plus, l’humain est une espèce non seulement biologique, mais aussi sociale. On ne parlera  alors non plus d’humain, mais d’Homme. La vie de l’Homme ne se limite pas à ses fonctions élémentaires. Elle implique aussi tout un ensemble d’activités ludiques, d’ordres physiques et intellectuels, techniques et artistiques. Dans ces activités interviennent tout un ensemble d’objets des plus élémentaires (poupées de chiffon, balles, livres, stylos, pinceaux) aux plus complexes (instruments de musique, lecteurs CD ou MP3, ordinateurs). La nature et la fonction des objets dépendent, bien entendu, des sociétés dans lesquelles ces objets apparaissent ou sont introduits. Cependant,  les sociétés humaines, dans leur ensemble, ont en commun de produire des objets qui n’ont pas d’utilité sur le plan strictement métabolique, mais qui répondent à une fonction sociale et à un besoin créatif. 

    II QU EST-CE  QUE LA « SOCIETE DE CONSOMMATION » ?

    1 Si la consommation est un phénomène réellement existant, nécessaire à la condition humaine, peut-on cependant parler de « société de consommation »?

    Comme nous l’avons vu précédemment, la condition biologique et la condition sociale de l’Homme impliquent nécessairement des formes de consommation. Parler de « société de consommation » en ce sens permettrait de décrire une situation objective, réelle de la société.  Définir ainsi la société serait un pléonasme et n’aurait pas grand intérêt pour la réflexion et la critique sociale. Nous dirons donc que la société est nécessairement une « société consommatrice », qu’il s’agit d’un état de fait. Le phénomène de la consommation ne sera par conséquent pas abordé sur le plan du jugement moral. Il ne sera pas envisagé comme mauvais « en soi ». On ne retiendra donc pas le critère essentialiste de la bonne ou de la mauvaise essence de la consommation pour formuler une critique sociale. Pour savoir si, et comment, on peut parler de « société de consommation », il nous faudra d’abord comprendre les changements sociaux qui ont été à l’origine de la production de ce concept, qui ont fait de la consommation un phénomène premier. 

    2 De la « société consommatrice » au « système de consommation »

    Durant les 30 glorieuses, la consommation semble devenir première. Le développement des techniques de production et de communication, des systèmes de transport, ainsi que l’accentuation de la spécialisation dans la division du travail, contribuent à la possibilité d’organiser la production et la consommation à une échelle de masse. En ce sens, il est possible de parler de « société de consommation ». Cependant, la société fonctionnant de plus en plus sur des relations de coopération et d’interdépendance, devient système. Il est ainsi possible de parler de « système de consommation ». Cette expression est d’ailleurs sans doute plus appropriée, car « système » permet de rendre compte de la dimension exclusivement objective du phénomène social de consommation. Le terme « société », quant à lui, doit être envisagé à la fois d’un point de vue objectif, mais il doit aussi prendre en compte la subjectivité, non simplement au niveau des représentations et des idéologies, mais aussi et plus particulièrement au niveau des intentions des acteurs, des raisons qui motivent l’action.  Nous distinguerons donc la consommation sur le plan objectif, comme simple état de fait, comme pratique et comme « système », de la consommation dans sa dimension subjective, comme ensemble représentations, de symboles et de significations, et par conséquent « la consommation comme culture et idéologie », mais aussi comme ensemble d’intentions motivant l’action. Ces premières distinctions nous amènent alors à formuler une autre distinction entre la « consommation comme moyen » et la « consommation comme fin ».

    3 Une société peut-elle avoir la consommation pour fin ?

    Prise dans sa dimension subjective, une « société de consommation » est une société qui a pour fin la consommation. En cela, l'expression est absurde, elle ne peut recouvrir qu’un caractère idéologique. C’est en ce sens, pour dénoncer sa facticité, que des théoriciens comme Marcuse, Debord, ou encore Baudrillard, ont formulé la critique de la « société de consommation ». Ceux qui se sont attachés à la critique de ce discours, porté par les publicitaires, pour dénoncer sa facticité n’avaient pas tord. Il s’agissait bien d’une facticité, d’une idéologie essentiellement publicitaire, qui n’a elle-même pas pour fin que la société « consomme », mais que la société « achète » (nous y reviendrons la seconde partie sur la « société marchande »). En effet, consommer pour consommer n'a aucun sens. Personne ne consomme pour consommer. La consommation répond à des besoins qui lui sont extérieurs, à d’autres fins qu’elle-même. Parler de consommation comme fin reviendrait à adopter une posture nihiliste, ou la consommation guiderait les actions de l’homme jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à consommer, et l’inciterait à consommer davantage jusqu'à sa propre destruction. Cette expression est inadéquate pour parler de nos sociétés. La « société de consommation », au sens idéologique de consommation comme fin, n'a donc aucun sens.

    4  Si la consommation est un moyen, à quelles fins répond-t-elle ?

    Penser la consommation comme moyen apparait être une manière plus juste et adéquate de penser la place qu'occupe le phénomène de la consommation dans la société. En ce sens, la société est « consommatrice », mais elle ne peut être qualifiée de « société de consommation ». Il apparaît alors nécessaire de repenser la question de la consommation à partir des fins sociales auxquelles elle répond. Nous avons, au début de cette présentation, avancé le fait que la consommation était un moyen nécessaire à la survie de l’espèce et à la vie sociale. Il s’agit là de la fonction première de la consommation. Mais nous avons également évoqué le fait que la consommation, en tant qu’idéologie, était un moyen publicitaire au service de la vente. Ce discours sur la consommation n’est d’ailleurs pas le seul fait des agences publicitaires. Les économistes et les politiciens libéraux constituent également des médiateurs de ce discours, notamment lorsqu’ils évoquent la nécessité de relancer la consommation des ménages. En effet, ce discours n’a pas pour fin réelle la satisfaction des besoins des gens. Il a pour finalité réelle la relance du processus d’enrichissement des élites économiques, à travers la mise en circulation de marchandise dont les capitalistes tirent leurs profits, par l’appropriation de la valeur produite par le surtravail et les formes de valorisation symboliques des biens produits (nous y reviendrons dans la seconde partie). Il est alors nécessaire, pour définir une société dans laquelle la vente acquière une place prépondérante, et ainsi pouvoir en formuler la critique, de s’orienter vers un autre concept que celui de « société de consommation ». Pour cela, nous étudierons à présent le concept situationniste de « société marchande ».

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